Je vous invite à commencer par la lecture de l’avant-propos.
RÉCUPÉRER
Je demande à des personnes de me confier ces objets porteurs d’émotions par le biais des réseaux sociaux et du bouche-à-oreille.
Je récupére chaque objet, un à un, chez leurs propriétaires, avant de les réunir et de les déposer à l’atelier.
Ce déplacement marque une première étape du protocole :
l’objet quitte le grenier.
Pour celles et ceux qui se demanderaient pourquoi je n’ai pas utilisé des objets m’appartenant, ce choix n’est pas anodin.
Comme je le partage dans mon mémoire, je vis avec une amnésie qui entrave l’accès à mes propres souvenirs, anciens ou récents.
Il m’était difficile de m’imaginer travailler à partir de ma propre mémoire. Ce sont donc les mémoires de proches ou d’inconnus, constituées de récits et d’attachements réels, qui viennent justifier la valeur patrimoniale de l’objet.
TRANSFORMER
J’opère la transformation en ensevelissant les objets sous une enveloppe de papier mâché, un matériau pauvre, polyvalent et circulaire, qui préserve la forme de l’objet sans la révéler, comme une momification.
Ce choix affirme une dimension volontairement artisanale, presque primitive.
Chaque objet est recouvert à la main, couche après couche, dans un rapport direct à la matière, au temps et au geste.
Ensevelir : le mot est choisi.
Définition du mot « ensevelir » par le CNRTL :
— envelopper un cadavre dans un linceul
— soustraire aux regards du monde
Ce mot renvoie à la fois à la mort et à la conservation, comme la terre conserve les vestiges archéologiques.
Cette enveloppe devient une projection d’héritage :
une manière d’imaginer la transmission de cet objet dans le temps.
J’utilise la couleur noire pour sceller la transformation :
couleur de la nostalgie, mais aussi du deuil accompli et du passage terminé.
C’est un clin d’œil au passé comme à l’avenir.
Le noir contribue également à installer cette atmosphère de « mystère », propre à la poésie de mon projet.
Ce choix fait aussi écho au travail du designer néerlandais Maarten Baas, né en 1978, et à sa série d’objets brûlés.
En brûlant des icônes du design, Baas interroge notre rapport à la beauté, à la perfection et à la permanence des formes.
Les objets sont carbonisés, puis stabilisés par une résine époxy transparente qui leur permet de redevenir fonctionnels.
Dans mon cas, le noir produit un basculement similaire en transformant l’objet sans annuler totalement sa présence. L’objet perd son apparence d’origine, mais il retrouve une nouvelle valeur d’usage et de transmission.
RÉINTÉGRER
La réintégration constitue la dernière étape du protocole.
Elle dépend de l’objet confié et de son potentiel, selon sa forme, son volume et sa résistance.
Je ne plaque pas un programme identique sur tous les objets, j’observe ce qu’ils peuvent devenir.
Certains se transforment en assises, d’autres en luminaires ou encore en éléments sculpturaux.
La collection se compose alors d’un ensemble de pièces uniques devenant des objets de design à part entière, capables d’exister dans un intérieur, d’être regardés, utilisés, transmis.
J’incorpore à chaque objet transformé un label, inspiré d’un véritable label patrimonial, afin de valoriser son origine et de conserver une trace de ce qu’il a été.
Je vous invite à découvrir, dans le catalogue de la collection, le patrimoine de ces objets, ce qu’ils ont été et ce qu’ils sont devenus.


