« Comment penser le devenir du patrimoine dans un contexte aussi instable et contradictoire que celui d’aujourd’hui ? » Cette question, posée en introduction de notre réflexion sur l’objet patrimonial, a guidé notre démarche.
le symposion, entre patrimoine matériel et immatériel
Symposion n. m. (du grec ancien Συμπόσιον; sympósion ou πόσις (pósis), «action de boire» littéralement «action de boire ensemble») 1. Dans la Grèce Antique, seconde partie d’un banquet dédiée à la boisson, aux échanges et aux jeux, fondée sur une recherche de mesure et d’équilibre.
Plutôt que d’aborder le patrimoine uniquement sous son aspect matériel, nous avons exploré sa dimension immatérielle à travers l’expérience, la transmission et le partage. Cette réflexion nous a conduits à la Grèce antique, berceau des pratiques sociales et politiques de la société occidentale.
« Je vous déclare que je suis réellement fatigué de la débauche d’hier et que j’ai besoin de respirer, comme aussi, je pense, la plupart d’entre vous ; car vous étiez de la fête d’hier. Avisez donc à boire de façon à nous ménager. »
la fête, théâtre des excès contemporains
Notre projet trouve son origine dans l’œuvre du « Banquet » de Platon. Ce texte, bien qu’ancien, continue d’animer nos débats et de résonner dans nos soirées contemporaines.
Il s’agit alors d’établir différents scénarios de soirée, explorant les comportements, les postures et les interactions entre les corps, l’espace et les objets. Ces observations ont guidé notre réflexion sur l’évolution des usages et des rythmes collectifs.
L’élaboration d’un storyboard nous permet d’explorer les différentes temporalités d’une soirée, de son déroulé à sa ritualisation, afin d’interroger les liens entre les rapports au temps, à la consommation et aux échanges entre les convives.
les métronomes, instruments symposiarques
Ces objets n’encadrent pas les usages de manière normative et ne se substituent à aucune autorité. Mobiles, ils accompagnent le mouvement des corps et introduisent une régulation discrète à travers les gestes, les rythmes et les interactions. Chacun d’eux matérialise un seuil et se révèle à un instant précis de la soirée.
Hérité du kliné, assise grecque semi-allongée, cet objet invite à une posture intermédiaire entre le repos et l’échange. Réinterprété en quatre modules mobiles, il participe à la scénographie de l’espace et accompagne le corps d’une position verticale vers une appropriation plus libre du sol.
Ce chandelier, fonctionnant comme une horloge à feu, transforme la bougie en repère temporel de la célébration. Associé à un encensoir, il crée une expérience sensorielle où la fonte progressive de la cire actionne une bascule : après 5 à 7 heures, l’extinction de la flamme vient clore la soirée et en signale le juste équilibre.
Le verre devient un outil de mesure et de modération. Monté sur une boule, il reste toujours incliné et ne peut contenir que 14 cl, dose recommandée pour un verre de vin. Son équilibre varie selon son remplissage, faisant du geste de boire une expérience consciente du rythme de consommation.
Réinterprétant le krater grec, cette carafe réinterprète le mélange de l’eau et du vin comme un geste de modération. Son double compartiment et son pied instable indiquent, par leur bascule, les quantités servies et invitent à alterner entre les deux liquides.
Issu du kottabos et des percussions d’une batterie, cet objet clôture la soirée en rassemblant les convives autour d’un rythme commun. Les jetons lancés sur les cymbales produisent des résonances qui marquent chaque geste, transformant le jeu en une composition sonore collective.
Ce projet nous a amenés à ne plus seulement considérer le design comme une pratique de l’objet, mais comme une manière de construire un moment de partage, une célébration, à la croisée du patrimoine matériel et immatériel.


