« C’était en fin d’été 1941, à ce moment-là on est dans l’appartement que tu connais, à Paris ; mes parents ont appris qu’on avait été dénoncé […] On est parti en catastrophe… »

Annie, 93 ansCitation extraite d’un entretien enregistré – 2025

C’est au 10, rue Puvis de Chavannes, dans le 17e arrondissement de Paris, que prend racine ce récit.

« Il faut fuir, fuir sans se retourner […] Courir. Courir plus vite […] Ne plus bouger. Ne plus respirer. »

JABLONKA IvanHistoire des grands-parents que je n’ai pas eu, Paris, éditions du Seuil, 2012 – Page 43


Ces discussions m’ont amenée à m’interroger sur la fin. Quel est le véritable terme de nos entretiens ? Cherchais-je réellement la limite d’une histoire, ou plutôt une nouvelle façon dont cette même histoire pouvait être racontée ? Jusqu’où puis‑je inscrire ma propre mémoire dans la retranscription des lieux qu’Annie me décrit ?



Je cherche à matérialiser l’héritage immatériel que les souvenirs d’Annie m’offrent. L’écriture m’a permis de m’insérer dans cette histoire familiale, espace dans lequel, au départ, je ne me sentais pas autorisée à exister, m’imaginant les ambiances et les couleurs de lieux que, mis à part l’appartement, je n’ai jamais connus.


© Illustrations personnelles, réalisées à partir des fragments de la mémoire d’Annie.

« On se dit qu’au moins, les lieux gardent une légère empreinte des personnes qui les ont habités. Empreinte : marque en creux ou en relief . »

MODIANO PatrickDora Bruder, Paris, Gallimard, 1997 – Page 28

© Illustrations personnelles, réalisées à partir des fragments de la mémoire d’Annie.

Extrait de l’album photographique réalisé par Annie en 1957 – Archives familiales.

« Ces anonymes , ce ne sont pas les miens, ce sont les nôtres. Il est donc urgent, avant l’effacement définitif, de retrouver les traces, les empreintes de vie qu’ils ont laissées, preuves involontaires de leur passage en ce monde. »

JABLONKA IvanHistoire des grands-parents que je n’ai pas eu, Paris, éditions du Seuil, 2012 – Page 10

« Quand la guerre s’est finie, un jour, j’ai entendu sonner à la porte […] Je me suis précipitée pour aller ouvrir. C’était le fils d’un ami de mes parents. Il était perdu, je l’ai vu, il portait le pyjama des camps de concentration… »

Annie, 93 ansCitation extraite d’un entretien enregistré – 2025