L'antre de Médée - Le placard

« Si tu ne vas pas dans les bois, jamais rien n’arrivera, jamais ta vie ne commencera. Va dans les bois. Va. »

Clarissa Pinkola EstésFemmes qui courent avec les loups : Histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage

Aux portes de Blois, duché du Centre-Val-de-Loire au parfum de roman noir, ce projet s’ancre dans un domaine profondément énigmatique, jadis traversé par l’esprit de la Rose-Croix. C’est en ces lieux, dans l’ombre de la sulfureuse Catherine de Médicis, grande maîtresse des philtres, et en écho au passage de Lucrèce Borgia et de son savoir botanique obscur, que le passé se murmure.  

LE TERREAU

Sensation étrange, parvenue au terme du mémoire, de porter à l’intérieur de moi comme une voûte faite d’un pan de lumière et de l’autre des ténèbres les plus sombres. Une voûte qui se dresserait vers le ciel, désespérément, dans un angle pointu, à la recherche d’un sursaut de dignité.

Une voûte qui ne se laisserait pas intimider mais qui chercherait le point d’équilibre entre Folie et Raison. Cri de Munch car, quand on a traversé les siècles et qu’on s’est laissé pénétrer par tant de courants opposés, l’écartèlement intérieur est semblable au supplice de la roue. Que de mouvements contradictoires, de tempêtes avérées.

Alors cette voûte existerait dans une forêt obscure, impénétrable, à l’abri de la folie humaine, telle la chaumière où Peau d’Âne, crasseuse, arrive. La porte s’ouvrirait, car il y en aurait nécessairement une, sous la voûte. Il faudrait la chercher. Pas n’importe quelle porte.

Une porte lourde et gravée qui, à chaque ouverture, expirerait le passé et les souvenirs qu’elle a conservés dans ses reliefs sculptés, en de longs soupirs. Qui vous rappelle que votre humanité est faite de sang, de chair, de sueur, de sel mais aussi de fer, d’étain, d’or et de poussière d’étoiles.

Dedans, il y aurait des ronces sur le sol. Une architecture biscornue sans logique propre parachèverait le tout. Car le propre de l’homme est d’être improprement complexe. Pas de lignes pures. Non. Pas d’éclairage direct. Pas de rationalité. Retour dans ma chair de femme d’un éclairage subtil, évasif.

Je porte la Lune et je l’assume. Je porte la Magie et l’insondable. Je porte le Mystère. Je suis la bougie de ces lieux et fais vaciller les ombres. J’éclaire de mes yeux les ténèbres. Je suis Médée, ne vous en déplaise.

Des miroirs convexes. Miroirs de sorcière. Obligatoirement. Assurément. Urgemment. Temps troublés. Eaux troubles. La Vérité est celle que j’y verrai. Ici et maintenant.

Des poutres apparaissent alors. Je lève mon regard. La charpente, entremêlée de bois rouges, invite au chuchotement. C’est le Temps qui parle. Bois du rouet, bois des quenouilles. De la roue qui écartèle. Bois des fagots qui brûle la peau. Bois du sablier qui écoule le temps. Bois qui endort la Belle. Je ne dormirai pas.

Cette nuit, pendant que vous vous reposerez, je serai, moi, dans le Bois vivant, à contempler les étoiles et à sabbat, mener.

LE DOMAINE

I. – À l’architecture aussi biscornue qu’étrange, l’habitation La Cornue abrite le Laboratoire des Simples du Bois de Lune. Un espace conçu pour découvrir et concocter des mets sauvages, des philtres à partir d’une découverte de la flore solognote. II. – L’habitation Médée, matrice et modèle originel des trois gîtes du domaine. Sorcière fille du Soleil, sœur de Circé selon le poète grec Hésiode, toutes deux prêtresses de celle à qui appartient l’invention de la sorcellerie et qui préside à la magie : la déesse mère Hécate. Elle forme avec ses deux gîtes voisins, baptisés du nom de ses parentes, le trio de locations mis à disposition dans le domaine.