Solène Quiguer


Cette période très particulière ponctuée de confinements, que nous vivons depuis plus d’un an maintenant, nous a obligés à passer beaucoup plus de temps dans un lieu qui n’était pas prévu pour ça. Une chambre. On y rentre, on en sort, on y dépose ses affaires de travail, on y passe un moment pour aller ailleurs par la suite.

C’est un lieu transitoire, qu’on ne considère pas vraiment comme une maison. On habite des lieux sans se poser la question de la manière dont on les habite. Nous avons étés obligés de passer du temps dans ces lieux dans lesquels nous ne faisions que passer pour aller ailleurs.


Ce projet pose la question de la hiérarchie des lieux et leur présence. Au lieu d’apprécier les qualités et les défauts d’un lieu qui en font un espace particulier on a tendance à faire table rase. Tout effacer pour recommencer à partir d’une page blanche. Or chaque lieu a ses imperfections et ses qualités.


J’ai donc fait un inventaire du lieu que j’habite, ma chambre. J’ai réalisé un travail d’observation sensible en analysant au peigne fin, à la manière d’un archéologue qui fouille, ce  lieu commun et privé. Je ne veux pas faire le choix du beau ou du laid  mais celui de transcrire tout, y compris des détails insignifiants.

De la même façon que Xavier de Maistre dans Voyage autour de ma chambre je tente de regarder cet espace comme si j’y entrais pour la première fois afin de montrer le banal, le commun, le quotidien sous un nouveau regard. Au fil du temps ce processus d’observation est devenu obsessionnel.

Je cherche à débusquer ce qui ne se voit pas au premier regard.


Après une longue période d’observation, de cartographie de cet espace, j’ai essayé de traduire cette banalité. La traduire presque littéralement afin de la fixer dans le temps. À La manière de Rachel Whiteread qui réalise des moules d’objets communs j’ai réalisé une maquette « plâtrée » de cet espace banal qu’est ma chambre.

Représenter ma lampe, ma table de chevet, mon lit est un acte plastique me permettant de donner une valeur à ces choses qui m’entourent en les représentant littéralement.


Une fois ce travail réalisé deux options se présentaient à moi. Jusque là ma position était celle d’une dessinatrice, observatrice, illustratrice et même maquettiste de cet espace. Comment ce regard pourrait-il me faire évoluer en tant qu’architecte d’intérieur? 


J’ai alors choisi un nouveau lieu qui ne m’était pas personnel. Cette maison, située dans le Morvan, est celle de mon amie d’enfance.Cette position d’observatrice m’a permis de passer de nouveau l’espace au scanner afin d’en ressortir ce qui pour moi a de la valeur. La valeur du souvenir et du fil de son temps.

Depuis cette année de confinements et de couvre feu, nous y avons passé beaucoup de temps. C’est une maison des années 60 qui n’a pas été modifiée depuis. Elle porte la marque de ces années là.Mon objectif est de pouvoir intervenir dans cet espace en conservant ses caractéristiques.

Je prends des pipettes, des extraits des éléments qui font l’atmosphère de ce lieu.

Avec cette bibliothèque de matières, de tissus, de motifs, d’objets, je créer de nouvelles choses, afin de les représenter conceptuellement.

Je cherche des systèmes créatifs pour créer des atmosphères, des ambiances, de l’architecture d’intérieur mais avec cette idée que tout à une valeur. Il suffit de regarder, de séquencer et de composer d’une autre manière. Ou d’utiliser le vocabulaire, des couleurs, des tissus, des éléments rencontrés au fil de ma balade dans cet espace.

Je transforme, j’élabore.

Après avoir travaillé à l’échelle du mobilier et de l’architecture d’intérieur je me suis intéressée à celle de l’objet.

Ce qui a été créé autrefois a une histoire à nous conter.  Comme je l’ai dit tout à l’heure je ne veux pas faire le choix du beau ou du laid  mais celui de transcrire tout, y compris des détails insignifiants. Transformer ces détails à la manière d’un collage et créer un élément nouveau fait à partir de l’ancien.

Je cherche ainsi à renouveler par une lecture du passé, plutôt que par son effacement.


Ce projet parle de tradition, du souvenir, d’objets de différentes époques, de motifs, de matières; en un mot tout ce qui façonne un lieu. L’idée est de faire le lien entre ce qui a existé et ce qui va exister.

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